Télétravailler depuis Israël pour un employeur français ou étranger en 2026 : impôt, Bituach Leumi et les montages qui marchent

Garder son poste en France et s’installer en Israël est devenu courant. Fiscalement, ce n’est ni interdit ni neutre : le salaire devient israélien dès le premier jour, sauf exonération temporaire pour les olim arrivés en 2026. Ce qui s’applique, et comment s’organiser proprement.

L’essentiel en 40 secondes

Si vous vivez en Israël et travaillez à distance pour une entreprise française ou étrangère, votre salaire est un revenu de source israélienne, imposable en Israël dès le premier jour, même pour un olé hadash : l’exonération de dix ans ne couvre que les revenus de l’étranger. Seule exception, la loi temporaire de 2026 exonère d’impôt sur le revenu les olim devenus résidents entre le 5 novembre 2025 et le 31 décembre 2026, jusqu’à 1 million de shekels par an en 2027 et 2028. Côté sécurité sociale, la convention France-Israël de 1965 rattache le salarié au pays où il travaille : c’est donc le Bituach Leumi qui s’applique, sauf détachement temporaire. Quatre montages permettent d’être en règle : l’employeur ouvre une paie israélienne, il passe par un employer of record, vous facturez comme osek murshe, ou vous créez une société. Le pire choix est de ne rien faire : l’impôt et les cotisations restent dus, avec intérêts.

Télétravail depuis Israël pour un employeur étranger, en une minute · vidéo 52 s

Les chiffres clés 2026

Imposition en Israël
Dès le jour 1
Exonération olim sur ce salaire
Seulement arrivés nov. 2025 – déc. 2026
Présomption de résidence
183 jours
Cotisations salarié
4,27 % → 12,17 %
Pension obligatoire (salarié)
18,5 %
Convention de sécurité sociale
1965

Êtes-vous résident fiscal israélien ?

La résidence fiscale israélienne repose sur le centre de vie : logement, famille, activité, liens économiques et sociaux. La loi ajoute deux présomptions : vous êtes présumé résident si vous avez passé 183 jours en Israël dans l’année, ou au moins 30 jours dans l’année avec un total de 425 jours sur l’année et les deux précédentes. Ces présomptions peuvent être renversées dans les deux sens, mais un olé qui s’installe avec sa famille est résident dès son arrivée.

Côté français, quitter la France fiscalement suppose d’y perdre son foyer, son activité principale et le centre de ses intérêts économiques. Un salarié qui garde son poste français peut rester considéré comme ayant son activité principale en France : c’est le premier point à faire trancher, idéalement avant le départ, à l’aide de la convention fiscale France-Israël.

L’impôt sur le salaire : israélien, dès le premier jour

Un salaire rémunère un travail ; il est de source israélienne quand le travail est physiquement fait en Israël, quel que soit le pays de l’employeur ou de la banque qui reçoit le virement. Deux conséquences :

  • L’exonération de dix ans des olim ne joue pas (voir l’exception 2026 ci-dessous). Elle couvre les revenus de source étrangère (loyers, dividendes, pensions, plus-values). Le salaire d’un télétravail depuis Israël est taxé selon le barème israélien dès le premier mois. L’olé garde en revanche ses points de crédit supplémentaires.
  • La France ne devrait plus imposer ce salaire une fois la résidence israélienne établie : la convention réserve en principe l’imposition des salaires à l’État où le travail est exercé. L’employeur doit alors cesser le prélèvement à la source français. Exception notable : les rémunérations publiques françaises suivent des règles propres.

Si l’employeur n’a pas de paie israélienne, aucun impôt n’est retenu en Israël : c’est à vous d’ouvrir un dossier au fisc, de payer en cours d’année et de déposer une déclaration annuelle. Le simulateur d’impôt donne l’ordre de grandeur mensuel.

L’exception 2026 : la loi temporaire pour les olim

Une loi temporaire d’encouragement à l’alya, votée fin mars 2026 et applicable depuis le 1er janvier 2026, exonère d’impôt sur le revenu israélien les revenus du travail de source israélienne (salaire, activité indépendante) des nouveaux immigrants et des résidents de retour après au moins dix ans à l’étranger, devenus résidents entre le 5 novembre 2025 et le 31 décembre 2026. Un télétravailleur de cette cohorte peut donc ne pas payer d’impôt israélien sur son salaire, dans ces plafonds annuels :

Plafonds de revenus du travail exonérés (loi temporaire 2026)
AnnéePlafond
2026600 000 ₪, au prorata de la partie de l’année passée comme résident
20271 000 000 ₪
20281 000 000 ₪
2029350 000 ₪
2030150 000 ₪
  • Impôt sur le revenu seulement : le Bituach Leumi et la taxe santé restent dus.
  • Revenus du travail seulement : intérêts, dividendes, loyers et plus-values israéliens restent imposés.
  • Plafond réduit à 140 000 ₪ par an pour les sommes versées par un proche ; les revenus attribués par une entité transparente (société de personnes, LLC) sont en principe exclus.
  • Conditions de l’administration : la circulaire 07/2026 exige un relevé des jours de présence en Israël sur les années précédentes et une demande dédiée ; beaucoup la réclameront après la fin de l’année, dans la déclaration annuelle.
  • Départ anticipé : quitter la résidence israélienne en 2028 ou 2029 avec moins de 75 jours de présence dans l’année fait perdre l’exonération.

Arrivé avant le 5 novembre 2025, ou à partir de 2027 : la règle générale ci-dessus s’applique, avec vos points de crédit d’olim.

Bituach Leumi et cotisations sociales

La convention de sécurité sociale France-Israël du 17 décembre 1965 pose une règle simple : un salarié relève de la législation de l’État où il exerce son activité. Pour un salarié installé en Israël, c’est donc le système israélien qui s’applique : Bituach Leumi et taxe santé, en principe à la place des cotisations françaises.

  • Exception : le détachement. Un employeur qui envoie temporairement un salarié en Israël peut le maintenir au régime français, sur formulaire et pour une durée limitée. C’est fait pour une mission temporaire, pas pour une installation définitive.
  • Ce que la convention ne coordonne pas : l’assurance chômage est exclue et l’assurance maladie n’est pas coordonnée. Un salarié qui continue de cotiser en France n’acquiert pas pour autant de droits au chômage utilisables depuis Israël.
  • Les taux israéliens 2026 pour la part salarié : 4,27 % jusqu’à 7 703 ₪ par mois, puis 12,17 % jusqu’à 51 910 ₪. L’employeur doit en principe sa propre part (4,51 % puis 7,6 %).
  • Si l’employeur étranger n’a aucune présence en Israël, c’est souvent au salarié de se déclarer lui-même au Bituach Leumi. La catégorie et les taux appliqués dépendent de votre dossier : faites-les valider par un comptable plutôt que de deviner.

Pour un salarié d’une entreprise américaine, il n’existe aucun accord de totalisation entre les États-Unis et Israël : les deux systèmes peuvent réclamer des cotisations sur le même salaire.

Les quatre montages pour être en règle

Travailler depuis Israël pour un employeur étranger : les options
MontageComment ça marchePour vousPour l’employeur
Paie israélienne de l’employeurL’employeur ouvre un dossier employeur en Israël et vous salarie localementStatut de salarié complet : impôt retenu, Bituach Leumi, pensionDémarches et comptabilité en Israël, risque d’établissement stable à analyser
Employer of record (portage)Une société israélienne vous emploie et refacture l’employeurSalarié israélien, pension et droits sociaux comprisLe plus simple : frais mensuels par salarié, pas d’entité à créer
Indépendant (osek murshe)Vous facturez l’entreprise comme prestataireVous gérez impôt, TVA, Bituach Leumi et pension vous-mêmePlus de paie, mais risque de requalification en salariat
Société israélienneVotre société facture l’entreprise et vous verse un salaireOptimisation possible au-delà d’un certain revenuContrat de prestation classique

En facturant depuis Israël, un client à l’étranger n’est pas soumis à la TVA israélienne dans la plupart des cas (exportation de services), mais il faut être osek murshe au-delà du plafond de l’osek patur : voir le guide des statuts d’indépendant. La société devient intéressante pour les revenus élevés : voir créer une société en Israël.

Le risque pour l’employeur : l’établissement stable

Un salarié qui travaille depuis Israël peut créer pour son employeur un établissement stable en Israël, notamment s’il signe habituellement des contrats au nom de l’entreprise ou si l’entreprise dispose d’un lieu fixe d’activité dans le pays. Dans ce cas, une partie des bénéfices de l’entreprise peut devenir imposable en Israël. C’est la raison principale pour laquelle beaucoup d’employeurs refusent le télétravail depuis l’étranger, ou l’acceptent uniquement via un employer of record, et pourquoi un poste commercial ou de direction demande plus de précautions qu’un poste technique.

Se mettre en règle, dans l’ordre

  1. Prévenez l’employeur avant de partir et choisissez ensemble le montage : paie israélienne, employer of record ou facturation.
  2. Faites trancher la résidence fiscale côté français et côté israélien, par écrit si possible.
  3. Arrêtez les prélèvements français qui ne sont plus dus (impôt à la source, cotisations), en accord avec l’employeur.
  4. Ouvrez les dossiers israéliens nécessaires : fisc, Bituach Leumi, et TVA si vous facturez.
  5. Mettez en place la pension : obligatoire pour un salarié israélien et pour un indépendant. Voir le guide de la retraite et de la keren hishtalmut.
  6. Déposez la déclaration annuelle si aucun impôt n’est retenu à la source en Israël.

Cinq erreurs fréquentes

  • Croire que l’exonération olim couvre le salaire. Elle ne couvre que les revenus de l’étranger.
  • Garder une fiche de paie française « comme avant » sans rien déclarer en Israël : l’impôt israélien reste dû, avec intérêts et pénalités.
  • Payer deux fois les cotisations faute d’avoir appliqué la convention de sécurité sociale.
  • Facturer comme osek patur au-delà du plafond, ou sans vérifier le risque de requalification.
  • Oublier la pension : sans paie israélienne, personne ne cotise à votre place.

Ce qui va changer en 2027

  • Les critères de résidence : le ministère des Finances a proposé des seuils de jours chiffrés pour remplacer en partie le test du centre de vie. La réforme n’est pas en vigueur fin 2026 ; cette page sera mise à jour si elle est votée.
  • Les plafonds du Bituach Leumi sont revalorisés chaque 1er janvier : les taux restent, les seuils bougent.
  • Les tranches de l’impôt restent gelées en 2027 sauf nouvelle loi : le barème 2026 reste la base de calcul.

Questions fréquentes

Je télétravaille depuis Israël pour une entreprise française : où suis-je imposé ?

En Israël, dès que vous y êtes résident fiscal. Le salaire d’un travail physiquement exercé en Israël est un revenu de source israélienne, et la convention fiscale France-Israël attribue en principe l’imposition des salaires à l’État où le travail est exercé. L’exonération de dix ans des olim ne s’applique pas : elle ne couvre que les revenus de source étrangère. Exception : les olim devenus résidents entre le 5 novembre 2025 et le 31 décembre 2026 peuvent être exonérés d’impôt sur ce salaire par la loi temporaire de 2026, dans des plafonds annuels.

Un olé hadash paie-t-il l’impôt sur un salaire versé par un employeur français ?

En règle générale oui, dès le premier jour de travail en Israël, sauf pour les olim devenus résidents entre le 5 novembre 2025 et le 31 décembre 2026, qui peuvent être exonérés d’impôt sur le revenu (pas de Bituach Leumi) jusqu’à 600 000 ₪ en 2026 au prorata et 1 million de shekels en 2027 et 2028. Hors de cette cohorte, c’est l’erreur la plus fréquente : l’exonération olim couvre les loyers, dividendes ou pensions de l’étranger, pas un salaire pour un travail fait depuis Israël, même payé sur un compte français. L’olé garde en revanche ses points de crédit supplémentaires.

Mon employeur français doit-il cotiser au Bituach Leumi ?

Selon la convention de sécurité sociale France-Israël de 1965, un salarié relève en principe de la législation de l’État où il travaille. Pour un salarié installé en Israël, c’est donc le Bituach Leumi, sauf détachement temporaire organisé par l’employeur. Les cotisations françaises ne devraient alors plus être prélevées. Si l’employeur n’a aucune présence en Israël, c’est souvent au salarié de se déclarer : faites valider la procédure par un comptable.

Quelle est la solution la plus simple pour être en règle ?

Pour l’employeur, passer par une société de portage salarial israélienne (employer of record) : elle vous emploie en Israël, gère l’impôt, le Bituach Leumi et la pension obligatoire, et refacture l’employeur étranger. Pour vous, l’alternative est de devenir indépendant (osek murshe) et de facturer l’entreprise, avec un risque de requalification si la relation reste celle d’un salarié.

Combien de jours en Israël avant d’être résident fiscal ?

La résidence fiscale israélienne repose sur le centre de vie (famille, logement, activité). La loi pose une présomption à partir de 183 jours dans l’année, ou de 30 jours dans l’année si le total de cette année et des deux précédentes atteint 425 jours. Un olé installé est résident dès son arrivée.

Le télétravail crée-t-il un risque fiscal pour l’employeur étranger ?

Oui, celui d’un établissement stable en Israël, si le salarié dispose d’un pouvoir habituel de conclure des contrats au nom de l’entreprise ou si l’entreprise dispose d’un lieu fixe d’activité. Dans ce cas, une partie des bénéfices peut devenir imposable en Israël. C’est une raison fréquente pour laquelle les employeurs préfèrent un employer of record.

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Sources

  1. Cleiss — convention de sécurité sociale France-Israël du 17 décembre 1965 (règle du lieu de travail, branches couvertes)
  2. Cleiss — partir travailler en Israël en tant que détaché
  3. KPMG — Taxation of international executives: Israel (novembre 2025) : résidence, cotisations, olim
  4. Bituach Leumi — taux de cotisation des salariés au 1er janvier 2026
  5. Jerusalem Post, L. Harris — l’exonération temporaire des olim sur les revenus du travail et la circulaire 07/2026 (31 juillet 2026)
  6. gov.il — Tax relief for new immigrants (exonération temporaire 2026-2030)
  7. Amnon Ben Shushan CPA — salariés payés depuis l’étranger : impôt et Bituach Leumi (2024)

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